Le 25 mars dernier, la municipalité de Carpentras a pris un Arrêté instaurant du 1er avril au 1er octobre 2025 un couvre-feu de 23 heures à 6 heures pour les mineurs non accompagnés de moins de 13 ans ou de moins de 16 ans selon les secteurs de la commune.
Cette mesure de police administrative serait selon l’Arrêté une réponse « à l'existence de risques particuliers relatifs aux mineurs ».
Arguant de « la présence habituelle et importante des personnes notamment mineures dans les rues, places, lieux publics, domaine public et dépendances de la commune », ce qui ne constitue tout de même pas une anomalie sociale (!), l’Arrêté considère que «ces attroupements et regroupements sont générateurs de troubles manifestes au bon ordre, à la sûreté, la sécurité et la salubrité publique. Ces situations conduisent ces mineurs à devenir des cibles ou des auteurs potentiels d'agressions ou de rixes. » L’Arrêté ne produit cependant aucune donnée étayant ces assertions.
Les quelques chiffres de l’Arrêté sur les mineurs mis en cause en 2023 et au 1er semestre 2024 n’indiquent pas dans quelle proportion il s’agit de moins de 16 ans et de moins de 13 ans, ni que des actes délictueux se produiraient plutôt entre 23h et 6h du matin, ni particulièrement les mois d’avril à octobre.
L’Arrêté avance que « ces mineurs sont parfois embrigadés, en qualité de guetteurs ou de vendeurs, en raison de leur âge, pour les trafics de stupéfiants ».
Là encore, rien de précis et outre que le guet et la vente ne se cantonnent pas à la tranche 23h – 6 h, il est avéré que les mineurs appréhendés pour participation au trafic de drogue étaient très majoritairement extérieurs à la commune. Qui peut penser qu’un couvre-feu sera dissuasif pour les recrutements de mineurs par les réseaux qui ne se limitent d’ailleurs pas au moins de 16 ans ? ! Il se dit que cet arrêté aurait été expressément demandé par une Commissaire de police pour lutter contre le trafic de stupéfiants. Est-ce bien sérieux ? !
Nul ne saurait contester que « Les pouvoirs publics doivent veiller à la sécurité des personnes mineures pouvant se trouver seules sur la voie publique » d’autant que « les mineurs de moins de 13 ans sont présumés dépourvus de capacité de discernement » comme le dispose l’Arrêté.
Certes, personne ne peut trouver « normal » que des jeunes de moins de 16 ans errent seuls dans les rues la nuit, entre 23h et 6h du matin, mais ce n’est pas la seule tranche horaire où cela peut être considéré comme problématique. Des conditions de vie subies en sont souvent la cause objective qu’un couvre-feu et les mesures de police qui en découlent ne peuvent évidemment résoudre.
Faire des déambulations nocturnes sur la voie publique de quelques supposées dizaines de mineurs la cause ou un facteur aggravant des violences, troubles, organisation du trafic de stupéfiants nous paraît passer à côté de l’origine de ces problèmes.
Oui, la protection de la jeunesse doit être une préoccupation majeure des pouvoirs publics mais cela se saurait depuis longtemps si les mesures de police administrative empêchaient un tant soit peu la délinquance et le trafic de drogue.
Les mesures de police administrative ne sont pas une réponse aux grandes difficultés sociales de familles engendrées par un système économique dont le seul moteur est le profit ; les premières victimes sont leurs enfants mineurs qui ne sauraient pas plus que leurs familles être stigmatisés.
Les mesures de police administrative ne seront jamais une alternative aux politiques de prévention locale, départementale et nationale, ni un palliatif aux grandes difficultés de l’École publique à assurer sa mission en raison des coups qu’elle subit depuis des décennies, pas plus qu’au rôle de la Protection judiciaire de la jeunesse, un service public aux moyens chroniquement insuffisants.
Ce n'est pas par des couvre-feux que l'on peut protéger la jeunesse ni répondre à ses besoins, pas plus que combattre le trafic de drogue.
Quelles que soient les intentions, un couvre-feu s’inscrit dans la dérive sécuritaire ambiante de plus en plus inquiétante qui développe la peur de l’autre, stigmatise des catégories de citoyens, banalise les atteintes aux libertés individuelles et collectives au prétexte de l’ordre public, cela pour détourner la population du règlement de l’impasse économique et politique dans laquelle s’enfonce notre pays et préserver ceux qui en sont responsables.
Le passage à une 6e République par la convocation d’une Assemblée constituante citoyenne élue constitue la réponse démocratique urgente face aux régressions sociales, à la misère et au chômage, à l’autoritarisme et aux mesures liberticides, et à la dévastation et aux catastrophes écologiques de la Ve République en décomposition.